Chloé Bocquet

«  Chloé Bocquet est une artiste-graveuse-architecte de papier, qui aime construire des maisons et des immeubles dans lesquels on n’habite pas – ou alors seulement en rêve. Quand elle promène son œil et le miroir de l’art sur les chemins du monde, elle s’arrête sur les saillances, les faîtes et les charpentes, les avants et arrière-corps des bâtiments, les arêtes et les pans des façades qui se complètent et se répondent, faisant naître une nouvelle bâtisse du réseau de lignes ainsi créé. Chloé Bocquet s’arrête sur ce que l’on ne regarde que de loin, à la volée, en passant. Une porte, une fenêtre, un chemin, ou bien un intérieur auquel le corps s’est trop habitué, pour jeter sur les motifs qui l’abritent un œil neuf. D’un coup de crayon elle les prélève, les réveille et les révèle. Architectures rêvées, recomposées, évidées, les constructions de Chloé Bocquet sont d’abord détourées dans leur contexte originel – l’artiste n’en garde que les traits les plus saillants – puis griffées dans une plaque de cuivre ou de zinc. Les pignons restent, seuls et majestueux, quand les humains et les alentours de la ville disparaissent du paysage. Tout n’est plus qu’abstraction, épure et géométrie. Le geste est technique et mathématique – il faut composer avec les vides et les pleins, le passage sous presse transforme le trait en creux, et le creux en trait. Avec les lignes qu’elle tisse et que font se croiser la gouge ou la pointe, Chloé Bocquet s’approprie des espaces extérieurs et publics, des façades de maisons que l’on pense pleinement siennes mais que l’on ne voit que lorsqu’on est dehors, des intérieurs que l’on habite jusqu’à les oublier, si tant est qu’une force extérieure ne vienne rappeler leur apparence. »

Extrait du texte d’Horya Makhlouf, critique d’art, historienne de l’art et co- fondatrice de Jeunes critiques d’art.

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